Le dolmen de Wéris
(ou le dolmen nord ou Wéris I)



HISTOIRE

A quelle époque le dolmen de Wéris est-il sorti des brumes du passé ? C'est en 1879 qu'il est signalé dans "Les Antiquités du village de Wéris", un article du Major Auguste Daufresne de la Chevalerie, qui croit avoir affaire à la tombe d'un chef de tribu gaulois.


Ed. Dr. Trenkler C°, Leipzig (Coll. Pera)
Mais le monument était déjà connu avant. J.B. Geubel, juge de paix à Marche féru d'histoire et d'archéologie, le décrit dans une note inédite antérieure à 1877 : "Au lieu-dit au Poteau, on voit à gauche un monument plus curieux. C'est un tas de grosses pierres de même nature que celles qui couvraient cette contrée. Cinq ou six cubes sont réunis sur le sol et sont recouverts par deux autres pierres. Celle qui est à l'ouest est évidemment une table Druidique, et celle qui est à l'est qui peut avoir 6 mètres de long sur 6 ou 7 de largeur et plus d'un mètre d'épaisseur, semble un dolmen renversé sur un autel qui fut autrefois devant lui. L'homme n'a pas pu transporter cette pierre et même la placer là sans employer une autre force que la sienne. Il s'est passé dans cet endroit des choses que nous ne saurons jamais".
Le juge Geubel était en relation avec M. Pironet, bourgmestre de Wéris, qui lui avait écrit (sans doute entre 1850 et 1877) : "Le monceau de pierres que vous avez vu en sortant de Wéris ne portent aucun nom que l'on sache, si nom que le lieu-dit s'appelle au poteau. Dans cet endroit il y en avait encore d'autres qu'on a brisée et enterrée".


Ed. G.L.L., Aywaille (Coll. Pera)


Suite à un rapport d'Emile Tandel, membre de la Commission des Monuments, l'Etat belge achète en 1882 le monument et le terrain où il se situe. En 1885-1886, le dolmen fait l'objet d'une première restauration (fort critiquée déjà par les scientifiques de l'époque) et est entouré d'un soubassement avec grille protectrice.

FOUILLES

Des fouilles sont menées tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du monument, en 1888 par A. Charneux, commissaire-voyer à Barvaux, et en 1906 par A. de Loë et E. Rahir. Beaucoup d'informations archéologiques ont été perdues suite à ces premières interventions menées sans la rigueur scientifique d'aujourd'hui, sans compter les pillages antérieurs de la chambre sépulcrale (déjà suggérés par Charneux) et l'établissement de chemins successifs le long du flanc est du monument.


Pointes de flèches de Wéris I (© Région wallonne)
Cinq campagnes modernes ont été menées par le Service national des Fouilles en 1979 et de 1981 à 1984. Elles ont permis une meilleure compréhension du monument et de ses alentours, notamment la découverte et le redressement de trois menhirs (dont deux étaient inconnus) devant l'allée couverte. En 1991, le dolmen fait l'objet d'une nouvelle restauration. La grille qui l'entourait est enlevée, l'antichambre est réaménagée, l'arrière est stabilisé.
Les campagnes de 1999 et 2000 révèlent des indices de la construction du monument, soit l'existence d'une fosse longitudinale sous chacun des deux orthostates avant, fosses dans lesquelles ont été volontairement disposés des radiers calcaires destinés à soutenir les piliers. Des fosses néolithiques, comme le prouve la découverte d'une pointe de flèche dans l'une d'elles.Les fouilles établissent aussi l'absence de structures néolithiques derrière l'allée couverte et sur son côté ouest.
Le matériel archéologique se limite à quelques ossements humains, des tessons de poteries et des silex taillés. Pour une sépulture collective, le nombre d'ossements retrouvés paraît réduit. C'est dû sans doute au pillage de la chambre sépulcrale, qui semblait être autrefois une pratique courante. Le matériel lithique comprend quelques percuteurs, un petit grattoir, une pointe de flèche foliacée et six pointes de flèches à pédoncule.


Classé depuis 1974, inscrit en 1993 sur la liste des sites archéologiques de caractère exceptionnel de Wallonie, le dolmen de Wéris a été cédé en 2000 à la Région wallonne.

PLAN


Le plan après restauration ( © Région wallonne)


Ce dolmen se compose d'un vestibule ou antichambre, d'une chambre sépulcrale et d'une dalle postérieure posée à plat. Il mesure 10,80 m de long et 4,60 m de large. La chambre est longue de 6 m, large de 1,70 m et haute de 1,50 m. Elle est formée de quatre orthostates ou piliers supportant deux dalles de couverture.
A l'avant, les piliers (E et L), presque aussi larges que la chambre, soutiennent une énorme dalle (K) de 5 m de long sur 3,60 m de large et d'un poids de 30 tonnes. Les piliers arrière (F et I) soutiennent la dalle J. Il n'y a plus de dalle de fermeture à l'arrière, mais des fondations (un lit de blocs calcaire existant aussi sous les deux piliers arrière) prouvent qu'il y en avait une. Peut-être la petite dalle couchée au fond de la chambre en est-elle un fragment. A l'arrière, une grande dalle G est posée à plat. On ne connaît pas sa fonction.
Chambre et vestibule sont séparés par les dalles O et N, posées sur chant et échancrées pour composer un demi-hublot en guise d'entrée. Le vestibule est délimité par les piliers B et M. Devant l'entrée, les dalles C et D sont posées horizontalement. Redressées sur un radier de blocailles, elles devaient fermer l'entrée de la chambre.
Le bloc A est un menhir découvert couché et redressé en 1983 dans sa fosse d'érection. C'est le menhir indicateur que l'on aperçoit devant le vestibule, à gauche.

En son état actuel, le dolmen se trouve au niveau du sol. Mais en a-t-il toujours été ainsi ? L'allée couverte n'était-elle pas recouverte d'un tertre ? Le monument était-il inséré dans une tranchée longitudinale comme à Wéris II ? Une tranchée et un tumulus étaient-ils associés ? Questions qui resteront sans réponse, vu les bouleversements (dus notamment aux aménagements successifs du "Chemin des Romains" longeant le monument) qu'a connus le site.



MENHIRS
La zone située devant l'allée couverte comprend trois menhirs redressés : outre le menhir indicateur, un menhir situé à 21 m de l'entrée (redressé en 1979), et un autre à 28,5 m. Celui-ci avait été cassé, sa base étant toujours en place. A proximité se trouvaient deux blocs et quelques gros éclats. Ces morceaux ont été recollés en 1982, et le menhir reconstitué.
Outre ces trois menhirs avérés, la zone est jonchée d'autres blocs d'importance variable, dont trois sont supposés être des menhirs (sans trace cependant de leur fosse d'érection). L'ensemble constituait-il une allée monumentale conduisant à l'entrée du dolmen ?


Déplacement d'un bloc "à la préhistorique"
(© Région wallonne)



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